Pourquoi il ne sert à rien de me demander quelles sont les pratiques « que j’aime vraiment »
Lors de la rédaction de mon site web, quelque chose m’a sauté aux yeux et j’aimerais vous en parler. Cela arrive régulièrement que des personnes qui me contactent me demandent, je cite, « ce que j’aime vraiment », de faire ce qui me donne à moi du plaisir.
Je comprends que cela part d’une bonne intention mais il y a plusieurs choses qui me dérangent avec cette requête.
- Premièrement l’idée que je proposerais des pratiques qui ne me plaisent pas. J’ai évidemment différentes connections et affinités avec différentes pratiques et fétiches, certaines me parlent particulièrement, certaines je les explore aussi dans ma vie privée (ou même seulement dans ma vie privée) d’autres uniquement dans un cadre tarifé. Mais dans tous les cas je choisis et consens librement aux pratiques et fétiches qui se passent lors d’une session. Ce que je n’aime pas en revanche c’est découvrir sur le moment même une pratique ou un fétiche complètement différent de ce qui a été mentionné au départ. Je comprends que certaines envies arrivent seulement juste avant la session mais quand il s’agit de pratiques connues, que l’on sait que l’on aime, ou alors des choses importantes pour son plaisir (par exemple : Je veux une Maitresse nue) il est capital d’en parler avant avec moi.
J’ai mes propres envies et limites. Il y a des choses que je ne veux jamais faire, même pour une somme d’argent plus élevée et il y a des choses que j’aime faire de temps en temps mais pas systématiquement, et en général je ne les propose pas directement pour laisser place à mes envies sur le moment. Il y a des choses que je fais sous certaines conditions, dans le cadre de relations établies avec certains clients où le lien de confiance s’est renforcé au fur et à mesure des sessions.
J’aime donc toutes les pratiques que je propose. - Deuxièmement, je trouve cette question assez intrusive. J’ai l’impression qu’il y a l’idée que la personne essaie de tisser un lien qui dépasserait le cadre d’une session, que ce que l’on aurait serait plus « spécial » qu’avec un autre client car cela impliquerait des pratiques non mentionnées dans ma liste que je ne ferais qu’avec cette personne. Je tiens donc à préciser que je tisse des relations différentes avec chaque personne que je rencontre. Chaque session est un moment unique pendant lequel je me plonge complètement dans la connexion Dominante/soumis que nous sommes en train de vivre. Et rassurez-vous je prends beaucoup plaisir dans cette connexion.
- Troisièmement, cela ne me met pas en confiance dans un cadre BDSM. Pendant une session il peut se passer beaucoup de choses intenses, des émotions, des sensations. Afin que nous puissions « jouer » ensemble il est important de définir les envies et limites de chacun, chacune. Je connais les miennes. Celles que je ne connais pas avant de vous rencontrer sont les vôtres, vos envies, vos limites. Me dire de « faire ce que je veux » alors que l’on ne se connait pas m’indique que vous n’avez pas vraiment d’idées sur ce que vous vous voulez. Je sais qu’il peut être difficile d’exprimer certaines envies taboues même à soi-même, de s’en rendre compte et d’accepter que ce soit cela ce qui nous excite. Je comprends également que l’on ne peut pas toujours savoir ce que l’on aime tant que l’on n’a pas exploré et qu’il faut parfois tester certaines pratiques pour savoir si c’est « son truc » ou pas. J’ai l’habitude de proposer des sessions à des personnes novices dans le monde du kink et je préparer alors des moments d’exploration pas à pas pour tester différentes choses. Mais je peux faire ça quand c’est communiqué en amont, quand je sais que la personne vient pour ça. Et en général ce que je remarque c’est qu’une personne qui me dit de « faire tout ce que je veux » avec lui est une personne novice mais qui ne se l’avoue pas ou alors une personne incapable d’exprimer des fantasmes profonds souvent par honte. Il est alors difficile pour moi de savoir qui j’ai en face et quelles sont les limites de notre exploration. Certaines personnes pensent qu’il y a des choses « classiques » en Domination mais dans le kink par essence, peu de choses sont classiques, la douleur ou l’anal ne sont pas toujours recherchés, certains touchers, certaines paroles sont les bienvenus chez l’un et détestés chez l’autre.
En écrivant cela je voudrais souligner quelques points. Je sais qu’il difficile voire impossible de parler sexualité, pratiques taboues et BDSM dans de nombreux contextes parfois même intimes. J’ai toujours adoré le sexe et ses développements, j’aime parler de sexualité, de fantasmes et de pratiques kinky. J’en ai fait mon métier parce que c’est quelque chose que je veux partager avec d’autres mais aussi parce que je veux offrir des espaces où l’on se sent bien pour parler de tout ça, pour explorer son corps et ses envies.
Je comprends que la confiance soit quelque chose qui mette du temps à s’installer dans une relation. Pour autant il me parait primordial d’instaurer le lien de confiance dès le départ, de s’autoriser à exprimer une certaine part de vulnérabilité sur qui l’on est et ce que l’on aime. Bien évidemment dans les limites de ce que l’on est prêt à partager.
Ce n’est pas pour rien que je ne suis pas une Maitresse autoritaire dans nos échanges pré-sessions. Il n’y a pas encore de lien de subordination établi. Nous sommes en train de définir un espace, un terrain de jeu, nous établissons des règles pour que nous nous sentions tous les deux en confiance.
Et alors après tout cela, nous pouvons enfin laisser place au jeu.